08/02/2026
Je viens de retrouver cet Éditorial
# # Un ami au grand cœur vient de nous quitter
Je te pleure Spyros, je te pleure de rage de ne pas avoir été à tes côtés dernièrement, alors que je te savais malade depuis quelque temps. Je te pleure parce que j’ai été indigne de ton amitié, de toi qui as tant fait pour les Grecs et l’hellénisme à Toulouse. Et pas seulement en paroles, en actes concrets, discrètement, sans bruit, avec le sourire, le bon mot et le cœur toujours sur la main.
La vie ne t’avait pas épargné depuis que tu avais quitté ta Corfou natale à quatorze ans à peine, pour sillonner les mers, jeune Ulysse en quête du bonheur que l’île que tu adorais — à quelques encablures d’Ithaque — n’avait pas pu te donner.
Te voilà à Toulouse, très jeune, dans la restauration, métier de relations et de contacts qui te collait à la peau. De « Mon Caf’ » au restaurant le ZORBA, que tu as créé juste à côté, tu ne cessais de t’intéresser aux Grecs, et plus particulièrement aux étudiants, de Toulouse. Ton obsession de nous réunir, de nous aider, de nous gâter en partageant le peu que tu avais (en nous donnant aussi ce que tu arrivais à mettre de côté par force de subterfuge !), tu as créé un lieu mythique où nous prenions plaisir à nous retrouver et qui a été pour beaucoup dans la future création du CERCLE.
C’est grâce à toi que nous nous sommes connus, nous autres Grecs dispersés, occupés chacun par nos propres soucis. Des soirées mémorables, grâce à toi ; ce ne sont pas les Familiadès, ni Andréas, ni les Baylet et autres Puech qui me démentiront. Tu étais notre Zorba, en chair et en os, pour nous les jeunes déracinés de l’époque qui cherchions inconsciemment à retrouver un bout de cette terre bénie qu’on peut maudire quand on y habite mais que l’on chérit dès qu’on s’en éloigne…
Personne mieux que toi ne pouvait incarner l’âme grecque ! Et j’ai toujours rêvé de danser le rebétiko comme toi.
Je me rappellerai toujours de ta fierté quand tu apprenais que nous réussissions dans nos études : toi l’agrégé, le docteur de l’Université de la vie qui nous encourageais et suivais attentivement nos parcours.
Je me rappellerai aussi du bonheur qui était le tien au moment de la création du CERCLE, que tu as toujours fidèlement soutenu. Je me rappellerai surtout de ton immense joie à l’annonce de la création de notre École où nos enfants et petits-enfants allaient pouvoir apprendre notre langue maternelle… Comme si tu retrouvais ce dont la vie t’avait privé dans ta jeunesse.
Et puis la vie, la maladie, « to peprômeno », nous ont éloignés. Cette vie que tu as croquée à pleines dents, comme si tu voulais rattraper le temps perdu. Et c’est elle qui t’a rattrapé brutalement, dans la fleur de l’âge.
Oui l’ami, tu es parti trop jeune ; j’avais la certitude de te retrouver, tant je te croyais indestructible. Zorba ne meurt jamais. Tu es parti avant que j’aie eu la chance de te revoir.
Je porterai ce lourd regret longtemps dans ma conscience ; et je ne serai probablement pas le seul… Il me restera pour toujours les souvenirs de tous ces moments de bonheur simple mais intense que tu nous as offerts.
Ces quelques mots, Spyros, reçois-les là où tu es désormais, comme une demande de pardon pour l’amitié que je n’ai pas su te témoigner ces derniers temps…
DIAMANTIS, ANDRÉAS, AMBROISE, NICOLAS, MICHEL ET LES AUTRES…
Je te dédie aussi ce magnifique mot de notre amie Brigitte Santamaria :
« Ce qui fait la spécificité de l’âme grecque, c’est que sa culture — sa poésie, sa musique, ses danses — joue un rôle déterminant dans l’histoire. Ce n’est pas quelque chose qui est à part, qui se limite au temps des loisirs. La musique en Grèce n’est pas un divertissement, elle a une fonction sociale. La liberté pour les Grecs, c’est le pain et la musique. Le chant comme la danse, c’est beaucoup plus qu’un art : c’est une manière de s’exprimer, la solidarité, l’espérance, l’espoir et la joie. »
Tu étais tout cela, Spyros.