07/10/2026
🦉🌙 43 vitres, 43 histoires
Histoire n° 4 — Le gardien des jours heureux
Ce soir-là, une seule fenêtre était encore éclairée.
Derrière la vitre, une femme restait assise devant sa tasse de thé. La journée avait été longue. Il y avait les choses à terminer, celles qu’elle n’avait pas osé commencer, et ce souci qui revenait toujours dès que la maison devenait silencieuse.
Dehors, une feuille tournoyait dans l’obscurité.
Puis une ombre passa devant la lune.
Un hibou venait de se poser sur une branche, juste en face de sa fenêtre. Elle n’avait presque rien entendu. Il replia ses grandes ailes et resta là, les yeux ouverts sur la nuit.
La femme se souvint alors d’une chose qu’elle avait lue : au Japon, le hibou est associé à la bonne fortune. Son nom, « fukurō », se prête notamment à un jeu de mots évoquant une vie « sans difficultés ».
Elle sourit.
— Tu t’es peut-être trompé de fenêtre, murmura-t-elle. Ici, des difficultés, il y en a quelques-unes.
Le hibou tourna doucement la tête.
Évidemment, il ne répondit pas. Il écoutait sans doute un mouvement dans l’herbe, quelque chose qu’elle était incapable d’entendre.
Mais elle resta près de lui.
Pour la première fois de la soirée, elle remarqua la lumière sur les feuilles mouillées. Une goutte suspendue au bout d’une branche. Les nuages qui découvraient lentement la lune.
Rien n’avait changé dans sa vie.
Pourtant, elle ne regardait plus tout à fait la même nuit.
Elle entrouvrit la fenêtre. L’air frais entra, avec cette odeur de terre et de feuilles que l’automne laisse après la pluie.
Le hibou déploya ses ailes.
Pendant une seconde, elles furent si grandes qu’elles semblèrent tenir la lune entre leurs plumes. Puis il s’éloigna entre les arbres, presque sans bruit.
La femme le chercha longtemps du regard.
Elle n’allait pas raconter qu’un oiseau avait effacé ses soucis. Mais elle garderait le souvenir de cette visite : quelques minutes pendant lesquelles elle avait cessé d’attendre que tout aille bien pour voir quelque chose de beau.
Avant de fermer les volets, elle fit un petit vœu.
Pas pour devenir riche.
Pas pour que chaque jour soit parfait.
Seulement pour retrouver, même dans les journées difficiles, une raison de lever les yeux.
🍂 Sur ma quatrième vitre, j’ai peint ce hibou les ailes ouvertes, avec un peu d’automne dans ses plumes.
Et j’aime imaginer qu’une personne passera devant, ralentira un instant et emportera avec elle ce souhait tout simple :
Que les jours qui viennent vous soient plus doux.
🥰 Atelier Jessica Artistique