04/02/2026
Pour une économie nourricière : quand la gastronomie artisanale doit choisir son camp
L’agriculture française traverse une crise historique. Pas une crise passagère, mais l’effondrement d’un modèle bâti depuis cinquante ans sur la compétition mondiale, la standardisation et l’illusion d’un marché tout-puissant. Le résultat est là : des paysans épuisés, des territoires qui se vident, une alimentation toujours plus industrialisée.
Face à cela, aménager à la marge un système à bout de souffle n’est plus responsable.
Car l’alimentation n’est pas une marchandise comme une autre. Se nourrir est un acte vital, social et politique. Manger est un acte citoyen. Et notre pouvoir est souvent plus fort dans l’assiette que dans les urnes.
Les alternatives existent déjà. Depuis plus de vingt-cinq ans, les AMAP et les circuits nourriciers locaux prouvent qu’un autre modèle est possible : un partenariat direct entre paysans et citoyens, fondé non sur le prix du marché mais sur le juste prix, celui qui permet de vivre dignement et de préserver la santé collective.
Il est temps de redonner tout son sens au mot paysan : celui qui nourrit. Et au mot artisan : celui qui est artisan de sa vie. Le paysan nourricier n’est pas un fournisseur anonyme d’un marché mondialisé, mais un acteur central de la société. Son prix ne peut être dicté par les cours internationaux ; il doit être construit à partir des réalités humaines et territoriales.
Le Collège Culinaire de France ne peut rester spectateur de cette bascule. Sa responsabilité est claire : mobiliser les chefs, producteurs, restaurateurs et citoyens autour d’une économie fondée non sur la compétition, mais sur la coopération. Non sur la rente, mais sur la relation. Non sur la standardisation, mais sur la singularité.
Nous entrons dans un changement de monde. Nous avons choisi de ne pas le subir, mais de le construire. Celui d’une économie nourricière, humaine, territoriale et solidaire.
Christian Regouby
Délégué général
Collège Culinaire de France