22/05/2025
La Rencontre de L'Âne Hilare
du 21/05/25
Jean-Marc VYNCKIER
De ses enfance et adolescence, il a évoqué le souvenir d'un père à peine croisé "à l'élégance rare", une chambre d'ado de 35m2 au décor épuré, une grand-mère à la forte personnalité qui lui a fait aimer les cafés, ces lieux de rencontres où le monde peut se réinventer.
-Le reste ?
-Une jeunesse heureuse entre flirts plus ou moins innocents et scolarité ennuyeuse. "Mais je me voyais déjà en haut de l'affiche, sourit-il, je suis un peu mégalo".
A 19 ans, l'élève d'Ozanam qui a le sens de la fête et a appris à tirer un trait droit sur la feuille à dessin lit une petite annonce sur la façade du marchand de chaussures Soulet, rue Faidherbe à Lille : "recherchons étalagiste".
Ecoutons la suite : à la tête de son cabinet sobrement appelé "A propos de lieu", Jean-Marc Vynckier est devenu le Philippe Starck du Nord.
-Vynckier ?
-L'architecte d'intérieur qui a fait grimper de 30% le chiffre d'affaires des magasins de la rue de Béthune à Lille dans les années '70/80.
" En vitrine, on présentait les chaussures comme des chocolats dans une
boîte à bonbons. J'ai cassé cette ordonnancement grâce à la confiance du patron et une mise en scène nouvelle. Ma carrière s'est envolée et j'aurais pu devenir "l'étalagiste des marchands de chaussures" de cette époque quand Eram ose les pubs "où il faudrait être fou pour dépenser plus"... je le suis devenu d'ailleurs cet étalagiste reconnu de Paris à la Côte d'Azur : j'osais tout, à la manière de Jean-Christophe Averty à la télévision. Je me souviens avoir cassé un piano pour mieux le mettre en scène dans une vitrine rue de Béthune à Lille, simuler un accident de voiture trash
pour vendre des chemises, traîner chez les brocanteurs pour dénicher l'objet qui créera l'événement. Là où mes collègues présentaient 20 robes dans l'étalage, je permettais qu'on en présente une ou deux, deux seulement, mais la cliente entrait dans la boutique voir le reste de la collection".
Mais l'ennui guettait déjà tout à côté de la notoriété grandissante. Il n'a pas 30 ans.
Les grandes marques s'approprient son talent et il devient aménageur d'espace. "Je créé une ambiance et je dois la répéter dix fois, vingt fois jusqu'à saturation. Un rendez-vous manqué à Paris me donne le temps de réfléchir : je ne veux pas être ce "petit patron" à la tête d'une PME. J'arrête tout, ferme la boutique, licencie proprement 10 salariés et je troque ma Range Rover pour une R5. C'est le prix de la liberté : j'ai 40 ans".
Avant, pendant ou après, un riche anglais, propriétaire d'un bel appartement de 300 m2 près de la Tour Eiffel, lui a proposé d'aménager cet espace unique : "je l'ai fait parler de sa vie, de sa manière d'être, de cuisiner, d'aimer puis je ne l'ai plus vu pendant 2 ans. L'appartement était terminé.
L'équation de Jean-Marc Vynckier semble simple : perspective-volume -lumière. S'ensuit l'ordre et une manière de vivre dans ces lieux où l'esthétique règne. Il y a quelque chose de flamand dans cette manière de vivre, il le revendique.
C'est presque l'époque des lofts. Il va en être un des acteurs importants.
Jean-Marc Vynckier prend date avec Roubaix où il s'installe Chez Rita, cette friche artistique qui crée l'événement. "Je vis alors seul dans un appartement de 500m2, deux chambres seulement. J'y suis bien !"
Pourquoi Roubaix ?
Parce qu'à cette époque, les friches sont nombreuses, le patrimoine industriel menacé et que l'aménagement de ces espaces fait coup double : oser l'espace et remettre de la vie après la crise. Il y a aussi les échanges avec les autres locataires artistes et un quartier pas si facile.
Jean-Marc Vynckier s'implantera ensuite rue du Bois dans une ancienne menuiserie où il métamorphose l'espace sans que rien n'apparaisse de l'extérieur.
C'est là qu'il poursuit sa carrière pendant 30 ans et plus, tout en transmettant à son fils Théo la graine de son inventivité.
Théo qui grandit, Jean-Marc qui pense à sa sortie mais pas sans projet !
Aujourd'hui, il peint sur toile des tableaux qui disent sa liberté d'être et quelques angoisses qu'il a toujours dissimulées.
Il fêtait ce mercredi 21 mai son anniversaire qui en annonce beaucoup d'autres regardant en arrière son époque où "on dessinait les projets à la main quand aujourd'hui on laisse l'ordinateur prendre la main : du dessin à l'image", resume-t-il.
Aucune nostalgie pourtant. Le reste de sa vie ? Des projets !
Cette Rencontre de l'Ane hilare a permis le plaisir d'être ensemble, dans ce lieu témoin, lui aussi, de notre époque quand il s'agit de qualité et d'accueil à nul autre pareil par Aline Assimacopoulos !
Luc Hossepied