07/07/2026
Changement de dernière minute : Des milliers d'étudiants camerounais pris au piège ??? CampusFrance Cameroun, Campus France ?
Depuis quelques jours, une information inquiète des milliers d'étudiants camerounais qui préparent leur départ pour la France.
Lors d'une réunion d'information organisée par Campus France Cameroun le 4 juillet 2026, des agents auraient annoncé qu'au moment du dépôt de la demande de visa chez TLScontact, les étudiants devraient désormais prouver qu'ils ont payé la totalité de leurs frais de scolarité.
Plusieurs étudiants affirment également avoir reçu des courriels de TLScontact allant dans ce sens.
Si cette pratique est effectivement appliquée, ses conséquences sont énormes.
Pourquoi ?
Parce que la plupart des étudiants ont déjà :
• payé les frais Campus France ;
• payé l'acompte demandé par leur école ;
• passé leur entretien Campus France ;
• terminé toute leur procédure ;
• obtenu, pour certains, un rendez-vous chez TLScontact.
Autrement dit, cette nouvelle exigence arrive à la toute dernière étape, alors que les étudiants ont déjà investi beaucoup d'argent et de temps.
Pour certains établissements privés, cela représenterait entre 8 000 € et plus de 25 000 € à payer avant même de savoir si le visa sera accordé.
Après avoir analysé les textes officiels français, plusieurs éléments interpellent.
Premièrement, le site officiel France-Visas indique qu'un justificatif de paiement des frais de scolarité peut être « total ou partiel ». Le paiement d'un acompte est donc expressément prévu par le portail officiel.
Deuxièmement, la liste officielle des pièces demandées par l'Ambassade de France au Cameroun ne mentionne pas l'obligation de présenter un justificatif de paiement intégral des frais de scolarité. Le seul texte de loi pertinent en la matière, l'article L.422-1 du CESEDA, exige uniquement que l'étudiant « justifie disposer de moyens d'existence suffisants » — un montant récemment réactualisé par le décret n° 2026-526 du 22 juin 2026, qui le fixe à 47 % du SMIC brut (environ 877,50 € par mois). Ce texte ne parle à aucun moment du paiement intégral d'une scolarité privée.
Troisièmement, le ministère français des Affaires étrangères rappelle que TLScontact est uniquement chargé de recevoir les dossiers et de les transmettre au Consulat. En principe, TLScontact ne décide pas des conditions d'obtention d'un visa et ne peut pas créer de nouvelles exigences qui ne figurent pas dans les instructions officielles — ce que confirme également le Conseil d'État dans une décision du 29 juin 2012 (n° 357976), qui qualifie le rôle de ce type de prestataire de simple « tâche matérielle » de collecte des dossiers, sans aucun pouvoir de décision.
À ce jour, aucune loi, aucun décret, aucun arrêté, aucune circulaire ou instruction ministérielle publiée n'a pu être identifié imposant aux étudiants de payer la totalité de leur scolarité avant le dépôt de leur demande de visa.
Attention toutefois : cela ne signifie pas automatiquement que la pratique est illégale. En revanche, si cette exigence est réellement appliquée sans base juridique officielle, plusieurs principes fondamentaux du droit français pourraient être remis en cause.
Notamment :
• le principe de sécurité juridique, qui protège les personnes contre un changement brutal des règles alors que leurs démarches sont déjà engagées, consacré par le Conseil d'État dans sa décision d'Assemblée du 24 mars 2006, Société KPMG et autres (n° 288460), qui impose à l'administration de prévoir des mesures transitoires lorsqu'une règle nouvelle risque de porter une atteinte excessive à des situations déjà engagées ;
• le principe d'égalité entre les usagers du service public, consacré de longue date par le Conseil d'État dans sa décision du 25 juin 1948, Société du journal « L'Aurore » ;
• l'obligation pour l'administration d'informer clairement les usagers des règles applicables.
Une autre question se pose également.
Comment demander à un étudiant de payer 11 000 €, 20 000 € ou 25 000 € alors que personne ne peut lui garantir que son visa sera accordé ?
En cas de refus de visa, certaines familles pourraient perdre des sommes considérables. Sur ce point, il faut rappeler que la Cour de cassation sanctionne de façon constante, sur le fondement de l'article L. 212-1 du Code de la consommation relatif aux clauses abusives et de l'article 1171 du Code civil, les clauses des contrats de scolarité qui rendent la totalité des frais définitivement acquise à l'établissement sans réserve de force majeure (Cass. civ. 1re, 13 décembre 2012, n° 11-27766 ; Cass. civ. 1re, 11 janvier 2023, n° 21-16.859 ; Cass. civ. 1re, 31 janvier 2024, n° 21-23.233).
Si vous êtes concerné, il est fortement conseillé de :
• conserver tous les courriels reçus de Campus France ou de TLScontact ;
• conserver les captures d'écran de toute demande de paiement ;
• conserver les preuves des sommes déjà versées.
Enfin, il est important de rester prudent.
À ce jour, nous savons que cette exigence a été annoncée lors d'une réunion d'information et qu'elle est rapportée par plusieurs étudiants. En revanche, l'origine exacte de cette décision et son fondement juridique restent à être clarifiés.
Si cette pratique est confirmée, il est indispensable que les autorités françaises publient rapidement un texte officiel expliquant son fondement juridique et précisant si cette nouvelle règle s'applique également aux étudiants qui avaient déjà engagé leur procédure avant cette annonce.
L'avenir de milliers d'étudiants et de leurs familles mérite des réponses claires, officielles et juridiquement fondées.
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