21/05/2026
La semaine dernière, je vous parlais de l'erreur de formaliser la création de son entreprise avant de valider son marché.
Aujourd'hui, nous parlons de l'erreur d'après. Celle qui arrive quand le premier client se présente.
Un client satisfait. Une prestation réussie. Et une perte financière. C'est possible.
Je l'ai vécu.
Mon premier client m'a coûté plus qu'il ne m'a rapporté.
Parce que je n'avais pas structuré mes coûts correctement.
La demande est très rapidement arrivée après une rencontre amicale et professionnelle. Quelqu'un avait goûté ma cuisine, et l'ami en question en avait entendu parler.
Il avait besoin d'un traiteur pour un déjeuner d'entreprise, et surtout, il tenait à m'encourager dans mon activité.
Quelques personnes invitées pour un menu en trois temps : entrée, plat, dessert.
J'ai établi un devis à 75€ par couvert. Pas à partir de mes coûts réels. À partir de ce que j'avais l'habitude de dépenser au restaurant. C'était ma référence. Ce n'était pas la bonne.
Le prix au restaurant intègre la récurrence de la fréquentation, la marge du restaurateur, son loyer, sa masse salariale, ses charges fixes ; ce n'était pas mon cas.
Depuis, j'ai appris à fixer le prix d'une prestation traiteur.
Le restaurant et le traiteur n'ont pas les mêmes charges.
Comparer les deux, c'est se tromper de boussole.
Sur le papier, tout tenait. Dans les faits, rien n'était exact. Pas parce que j'avais mal calculé. Parce que je n'avais pas les bons chiffres pour calculer.
Mes coûts d'achat matière première, entre autres, n'étaient pas adaptés à la taille de mon entreprise.
Le devis était construit sur des estimations, pas sur des coûts réels.
Il y a une différence entre estimer et calculer. Je l'ai apprise à mes dépens.
La veille, mise en place complète. Seul. Méthodiquement. Le jour J, j'ai commencé à 7h.
Pour le service, deux personnes de confiance : du personnel amical et familial.
La prestation devait être livrée à 12h30. Ce fut le cas. Le client était impressionné. Très très satisfait.
Ce soir-là, en faisant mes comptes, j'ai compris que je n'avais pas gagné d'argent.
J'en avais perdu.
Pas à cause du prix. À cause d'une structuration incomplète des coûts.
Ce que je n'avais pas intégré dans mon devis :
Les matières premières, calculées à l'euro près, pas à l'estimation. Le transport : aller et retour, chargement, déchargement. L'amortissement du matériel. Le personnel d'appoint : deux personnes pour le service, non intégrées dans le prix. Ma propre rémunération ainsi que mes marges.
Un chef qui ne se paie pas ne dirige pas une entreprise. Il fait du bénévolat.
Et sur le personnel d'appoint, un point que nombreux négligent au démarrage : En France, toute personne rémunérée pour un travail doit être déclarée, même un ami, même un membre de la famille. CESU, contrat occasionnel : les solutions existent et sont simples à mettre en œuvre.
Ne pas le faire expose à des risques sociaux et fiscaux que peu de créateurs mesurent au démarrage.
Ce soir-là, j'ai fait un débriefing. Pas pour me lamenter, mais pour comprendre la leçon.
Un devis sans structuration complète des coûts n'est pas un devis. C'est une promesse qu'on se fait à soi-même, et qu'on ne peut pas tenir.
Le client était ravi. Moi, amèrement, j'avais appris la leçon la plus chère de mon démarrage.
Ce soir-là, j'aurais pu décider que ce métier n'était pas pour moi. J'ai décidé que ce métier méritait que je le comprenne mieux.
Fixer son prix à partir de ce qu'on paie au restaurant, c'est construire son modèle économique sur les coûts de quelqu'un d'autre.
Et toi : est-ce que tu as déjà eu peur de ne pas savoir fixer ton prix ?
Est-ce que tu as déjà livré une prestation sans savoir exactement ce qu'elle t'avait coûté ?
Dans les deux cas, dis-le en commentaire.
Rendez-vous jeudi prochain pour l'épisode 3.
"On m'a dit d'aller à la CCI. J'y suis allé. Ça n'a pas suffi."
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