02/06/2026
Ahouuu ahouuu ahouuuuuuu moussaillons !
Par tous les vents et toutes les marées !
Nombreux sont les matelots du dimanche qui, en gobant leurs huîtres, abandonnent sur la coquille une petite pièce du trésor : la charnière, ce muscle qui tient les deux coquilles solidement amarrées l’une à l’autre.
Une erreur de mousse ! Car c’est souvent là que se cache l’une des bouchées les plus savoureuses de tout le coquillage.
À bord de mon navire, je baptise cette pépite le « sot-l’y-laisse de l’huître » (muscle adducteur). Comme pour la volaille, son nom signifie que seul un sot le laisserait derrière lui. Et pourtant, combien de marins d’eau douce abandonnent ce trésor sans même le remarquer ? Une chair rare, fine et généreuse, dont la texture évoque parfois celle d’une belle noix de Saint-Jacques, au goût de noisette verte tout juste sucrée, avec tout le caractère des embruns.
Quand je mets la main sur de belles spéciales, notamment une Gillardeau n°3 (commande exceptionnelle pour un client), je ne laisse jamais ce butin derrière moi. Je récupère soigneusement ces morceaux oubliés sur les coquilles avant de les jeter dans la cambuse. Puis je les fais danser dans la poêle avec une bonne gousse d’ail, un solide morceau de beurre, quelques palourdes fraîchement remontées des fonds, de petites coquillettes et une pointe de crème.
À l’arrivée, voilà un plat de marin digne d’un capitaine : simple, gourmand, chargé d’iode et de souvenirs de marée. Une façon de rendre hommage aux richesses de l’océan en ne laissant aucun trésor au fond de la cale. Car un vrai loup de mer sait qu’il n’y a pas de petite prise lorsqu’il s’agit de saveurs. Le sot-l’y-laisse de l’huître, c’est peut-être le plus discret des trésors de la mer, mais certainement pas le moins savoureux.
Le capitaine .