09/09/2016
Bonjour, avant de mettre en veille la communication sur notre projet, M. Clément, co-fondateur de la société SLP, tenait à partager certains éléments avec vous, qui nous avez suivi et soutenu, le long de notre évolution.
" J’ai le regret de confirmer l’information concernant la mise en liquidation des sociétés ALD SLP : après 8 années d’efforts continus, nous avons été contraints, la mort dans l’âme, de déposer le dossier de cessation de paiement de la SAS SLP.
Partant en 2008 d’une page blanche et reprenant le flambeau dans la difficulté suite à l’échec du premier programme Areval 1, notre équipe a du patiemment franchir toutes les étapes de la création d’une nouvelle filière crépidule particulièrement innovante, notamment :
- Adaptation des moyens de récolte
- Process de décorticage à froid
- Lavage des chairs et de la coquille (process essentiel et particulièrement difficile à mettre au point pour une bonne adaptation aux marchés exigeants de l’export)
- Congélation IQF innovante
- Mise au point de produits élaborés, notamment la poudre Umami à fort potentiel en Asie
Nous avons dû faire avec les sceptiques et critiques qui estimaient que cela était impossible, nous avons dû également entièrement repenser le process initial qui n’était pas adapté à un produit de qualité. Cela a pris beaucoup de temps et d’énergie, les conclusions du rapport du Ministère de la Recherche ont confirmé l’excellence de notre démarche : « par étapes successives mais également de manière transversale, avec ses propres moyens ou avec des tiers de manière pertinente, cette entreprise a pu résoudre les principales questions biologiques, réglementaires ou technique ».
Je tiens à saluer le remarquable travail des différentes structures d’accompagnement départementales et régionales qui, à ce stade, ont parfaitement fonctionné.
Un premier arrêt de production est intervenu à l’été 2013, suivi d’un forum politique concernant la crépidule. J’y ai exprimé la nécessité de trouver un large accompagnement des secteurs professionnels concernés et de la filière industrielle. Mais il y a peu de monde pour prendre des risques directs et assumer les aléas d’un programme expérimental, son application industrielle.
Une levée de fonds a été effectuée au printemps 2014 auprès de partenaires de qualité, non professionnels de la mer. Cela nous a permis de transformer l’usine pilote en site industriel et de confirmer ainsi les hypothèse de rendement et de qualité nécessaires à la viabilité de la filière. Cela a demandé à nouveau un travail considérable et l’énergie de toute une équipe motivée, salariés et nombreux intervenants extérieurs de qualité. Conchyliculteurs, pêcheurs, retraités toujours actifs, personnalités du monde de la gastronomie, de la recherche, du monde syndical, centres techniques, fonctionnaires compétents, journalistes, busines angels et partenaires financiers : Je vous suis particulièrement reconnaissant de votre accompagnement et vous remercie sincèrement pour tous les efforts déployés.
Nous venons d’échouer sur le plan commercial, comme de nombreuses PME arrivant à leur limite financière à ce stade :
- Le marché Français n’a pas été au rendez vous malgré les nombreux tests industriels, l’implication des meilleures sociétés de distribution, les contributions marketing et opérations de promotion.
- Le marché export est donc la clé mais il n’a pas été à temps au rendez vous. Les partenaires Américains n’ont pas tenu le planning annoncé au mois de février (15 tonnes par mois et doublement de la quantité d’ici l’été). La labellisation MSC est intervenue avec 6 mois de décalage sur le planning prévu dans le contrat (janvier 2016). Cela a bouleversé le plan de commercialisation export des pays concernés (Pays anglo-saxons et Nord Europe). Les salons de Boston en mars et Bruxelles en avril n’ont pas permis d’intégrer le puissant réseau. Le potentiel Asie n’a pu être correctement exploité (démarrage trop timide au Japon), faute d’un agrément crépidule en Chine notamment.
Nous avons donc très activement recherché, bien avant le printemps, des solutions de reprise et de partenariat. Il y a eu peu de candidats malgré l’accompagnement des services de l’Etat et différents réseaux :
- Un groupement conchylicole a effectué une visite et demandé des document, sans suite
- Une coopérative a effectué un audit et conclu que la filière n’était pas adaptée à son secteur, l’alimentation animale
- Une société privée a effectué un audit complet. Nous avons transmis tous les documents nécessaires en toute transparence, travaillé en étroite collaboration avec l’équipe d’encadrement. Malgré la mise en place d’une procédure de conciliation, la société nous a confirmé par écrit qu’elle ne souhaitait pas (pour des raisons de non agrément export Asie) reprendre l’activité in bonis.
Au nom de toutes les personnes et structures de qualité qui nous ont accompagné, je tiens par conséquent à affirmer que nous avons recherché jusqu’à la dernière minute, toute solution qui pouvait permettre d’éviter la plus mauvaise solution pour une entreprise et ses dirigeants, a savoir la liquidation. Nous avons reculé au maximum l’échéance et nous sommes battus jusqu’au dernier moment.
Le comité de suivi de SLP, informé dans les détails de la situation, a voté à l’unanimité le 27 juillet la décision de dépôt du dossier de cessation de paiement car il n’y avait pas d’alternative. En tant que Président, j’assume la responsabilité des décisions de la SAS SLP. Il y a eu bien des vents contraires. A ce sujet, les femmes sont beaucoup moins dans la posture, elles devraient être plus nombreuses aux postes de responsabilité. Je tiens à réaffirmer que nous restons très convaincus du formidable potentiel de cette filière particulièrement prometteuse, dans le cadre d’une économie verte et circulaire.
Fort de l’expérience de plus de huit ans de travail acharné et après avoir franchi bien des étapes dans la plus grande difficulté (en tant que filière nouvelle, process innovant et produit nouveau, nous n’étions dans aucune case), il me semble utile de donner les pistes qui peuvent permettre aux repreneurs annoncés dans la presse ce succès pour lequel nous nous sommes tant battus :
- Mobilisation large des industriels et professionnels de la mer autour de la filière crépidule, afin notamment d’accéder à un droit de récolte et assurer un lobbying suffisant. L’adaptation du cadre juridique et administratif reste à compléter pour que cette nouvelle filière soit pleinement opérationnelle
- Adaptation des structures d’accompagnement commercial afin de permettre le succès du coquillage en France, comme tout produit innovant de qualité qui peine à trouver son marché. Le bulot a mis plus de 20 ans.
- Prise de conscience du potentiel de la filière en terme d’emplois : les quelques millions de stock de de crépidule existant en Bretagne et Normandie signifient également un stock disponible à la récolte d’environ 10% (soit l’accroissement annuel estimé dans les principaux gisements exploitables) : une récolte de 20 tonnes par jour nécessite 20 ETP selon le process en place. Cela afin de débloquer l’obstacle de l’agrément Chinois en mobilisant la DGAL : le numéro un Chinois a de façon constante soutenu notre dossier auprès de l’AQSIQ (Ministère de l’Agriculture en Chine), prouvant ainsi son fort intérêt et démontrant le fort potentiel à terme de la filière crépidule
- La labélisation MSC est un puissant facteur de reconnaissance sur les marchés anglo-saxons, palliant ainsi à un manque de notoriété : la crépidule décortiquée est une excellente matière première pour les cocktails de fruits de mer, la demande en produits labellisé est forte. D’autres labels peuvent compléter le dispositif.
- Mise au point de produits élaborés à partir de la crépidule : la poudre séchée a ainsi un formidable potentiel en Asie, la saveur Umami étant particulièrement présente dans le coquillage
- Dans le cadre d’une économie verte et parfaitement circulaire, la coquille, correctement lavée par notre procédé de fabrication, a des débouchés exceptionnels, notamment comme amendement pour la fertilisation de la filière d’agriculture biologique et de la plasturgie. Cela permet également un rééquilibre de la biomasse, un respect des fonds marins : il est urgent de ne plus attendre
Cette reprise sera possible grâce au travail et efforts de toute notre équipe, à commencer par les salariés, en oubliant pas ces nombreuses personnalités et professionnels qui ont « mouillé le maillot à notre côté » sans arrière-pensée, ayant souvent le courage d’aller à l’encontre de bien des préjugés. A tous ceux là, je tiens à adresser mes plus sincères remerciements. Je ne regrette en rien d’avoir mené ce combat difficile car il est porteur de solutions d’avenir, je souhaite maintenant que les repreneurs annoncés puissent avoir les moyens de développer cette pépite.
Pierrick Clément "