06/05/2026
Bonjour, merci de prendre quelques instants pour lire cette publication.
J’avais annoncé notre action dans le chapitre 64 de mon livre « Chroniques du mépris Ordinaire - enfants placés - ce que j’ai vu »
CHRONIQUES DU MÉPRIS ORDINAIRE - ACTE 64 - VOUS AVEZ FAIT QUOI ?
Elles se succèdent, défilent le long des semaines. Dans mon bureau au murs rouges. Sous le regard de ce marin du 18ème, a qui mon frère Jean Pierre a redonné de l’éclat, gommant un vernis scélérat qui le faisait passer de l’autre côté du Styx. Souvent, une voix étranglée par la douleur, vient dévaster ma journée au téléphone. Rendez vous est pris. Une âme vide vient prendre place, dans la cohorte de gens qui souffrent. Là, juste là.
Sa vie se déchire sur les feuilles qu’elles me remet. Mes dossiers ont le goût et l’odeur du sang.
Longtemps, je n’ai croisé que l’immonde, le mépris, l’inculture et puis, il y a eu eux. Les désenfantés. Ceux dont la chair est livrée aux mains lubriques, aux ventres sales, à la rue, au Diable.
J’ai appris à danser avec la mort, derrière les cercueils de mon père, de ma mère, celui de mes frères, de mes amis, de mes clients désormais. La mort est une ennemie intime. Nous nous connaissons déjà si bien. Elle souffle dans mon cou les soirs de morfine, lorsque le mal me tient. Nous entamons ce pas de deux aux vapeurs de souffre. De la lame de sa faux, elle m’a volé mes racines. Ce n’était pas encore assez. Je pensais avoir le cœur tanné, être solide comme la voix d’un vieux bluesman, le cuir camarguais d’un pommeau de Selles Arlésien, mais non … désormais, il y a eux.
Ils ont trébuchés. L’Aide Sociale à l’Enfance, pour protéger l’enfan, a trouvé judicieux de l’extraire. Et aujourd’hui ça. L’Enfer de Dante n’est pas assez baroque, pour dépeindre ce qu’est cette vie la.
Et puis, il y a eux.
Eux dont l’enfant, celui qui, il y a quelques années, courait dans les champs, celui qu’ils consolaient après des chutes de vélo, celui des tartelettes et des cartes à collectionner, celui qui désormais vend son corps, pour quelques billets, au fond d’un Algeco, derrière les rideaux silencieux de chambres d’hôtels, à l’arrière d’un break ou d’une citadine.
Et puis, … il y a eux.
Eux, sans plus de voix. Dans ces audiences ou des incapables viennent dire aux juges, qu’ils sont un dommage collatéral du manque de moyen. Il suffirait pourtant qu’ils n’effectuent que leur travail, protéger et surveiller l’enfant. Mais faire son travail, n’est donné qu’aux vieux rêveurs en somme.
Et puis, il y a eux.
On va encore, certainement me dire, que je suis violent, pas assez consensuel. Que la délicatesse impose que mes mots soient …
Quels mots utiliser, lorsque des gens par leur incompétence, leur laxisme, leur absence totale de sens moral, jettent des enfants dans les bras des petits mac de quartiers.
Et que dire des Présidents de Département, ceux qui se pavanent dans les journaux, en quatre par trois dans leurs campagnes électorales, leur cocktails, leurs inaugurations, ... Eux dont l’inefficacité est un constat.
La question est là. Elle est si simple en fait et réside en trois mots :
QU’ONT- ILS FAIT ?
Peuvent-ils ignorer que les enfants placés dans leur structure, sous leur seule responsabilité, vont vendre leur corps ?
Peuvent-ils dire, « je ne savais pas » ?
Et s’ils savaient, … qu’ont-ils fait ?
Avez vous entendu parler de leurs actions, de leur mesures ?
Moi qui me bats dans les tribunaux chaque jours, milite, enseigne, propose, je pense être légitime à poser la question : … qu’avez vous fait ? Nous, votre action, nous ne l’avons pas vu. Qu’avez vous fait ?
Et puis, bien sûr, il y a eux.
Depuis des mois, nous tentons avec les juges de poser ce débat sur la place publique. Ensemble avec les magistrats, qui comme nous sont sans armes face à l’échec, la défaillance et disons le, l’incompétence des Services Sociaux, nous tentons d’alerter de proposer, d’informer.
Le silence règne. Il fait presque froid. Le vide je pense.
Dans quelques jours, face à l’absence totale de moyens et d’action, nous allons faire ce que nous aurions dû faire, dès la découverte de ce charnier. Nous engagerons la responsabilité pour faute des Présidents de Département. Partout sur la carte judiciaire. Ce sera aux Tribunaux de trancher. Ces audiences ne se tiendront pas à huis clos. Contrairement à celles qui se tiennent dans les p’tits bureaux des tribunaux pour enfants. La voix, les cris, notre hurlement sera enfin audible.
Car au fond, il y a eux.
Porter cette robe et ne pas combattre est un déshonneur.
Michel AMAS