07/09/2026
A Gitega, les producteurs burundais mettent la richesse de leurs terres à l’honneur
Pendant deux jours, Gitega vibré, du 3 au 4 septembre 2026, au rythme de l’agriculture burundaise. Installée à quelques pas du monument dédié au héros de l’indépendance nationale, le Prince Louis Rwagasore, la Foire agricole nationale et le Forum paysan, édition 2026, ont réuni des producteurs venus des quatre coins du pays autour d’un même objectif : valoriser les productions locales, partager les expériences et faire entendre la voix du monde paysan.
Organisée en collaboration avec le Ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage, avec la participation des organisations œuvrant dans le secteur agricole, dont ADISCO, cette grande rencontre nationale s’est voulue à la fois un espace de promotion, d’échanges et de réflexion sur l’avenir de l’agriculture burundaise. Dès les premières heures de la matinée du 3 septembre, la place réservée à la foire connaissait une animation particulière. Sous les tentes soigneusement aménagées, les exposants s’activaient pour présenter leurs produits et accueillir les premiers visiteurs. Sur les tables et dans les différents stands, une diversité impressionnante de productions témoignait de la richesse et du savoir-faire des agriculteurs burundais. Des variétés de semences côtoyaient les produits agricoles frais, tandis que d’autres produits issus de la transformation agricole attiraient également l’attention.
Face aux multiples défis agricoles, les producteurs ont reçu un message rassurant
Dans son discours d’ouverture officielle de la foire et du forum paysan, Emmanuel Niyungeko, Secrétaire Permanent au Ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage, a porté une attention particulière aux difficultés qui freinent encore l’épanouissement des producteurs burundais. Parmi les principaux défis, il a cité l’insuffisance des débouchés pour les produits agricoles, les prix souvent dérisoires payés aux producteurs ainsi que l’accès limité aux grands marchés. Face à ces préoccupations, le Secrétaire Permanent a voulu rassurer le monde paysan, affirmant que le Gouvernement burundais suit de près leurs préoccupations et entend œuvrer à la recherche de solutions durables. Il a, à cet effet, appelé l’ensemble des acteurs à mettre en œuvre les recommandations issues de la foire et du forum paysan.
M. Niyungeko a également réaffirmé l’engagement du ministère ayant l’agriculture dans ses attributions à accompagner les initiatives des producteurs, à promouvoir l’agroécologie et à contribuer à la réduction de la pauvreté à travers l’augmentation de la production agricole.
Au-delà de l’aspect commercial, la Foire nationale et le Forum paysan ont constitué un cadre de rencontre entre les différents acteurs du monde agricole. Producteurs, organisations paysannes, pouvoirs publics et autres partenaires du secteur ont ainsi eu l’occasion de partager leurs expériences, d’échanger sur les défis auxquels fait face l’agriculture et de réfléchir aux moyens de renforcer la production et la valorisation des produits locaux. La question liée au manque aux semences est revenue lors de riches débats organisés à cette occasion dans la salle des conférences de l’Hôtel Matergo.
Certains producteurs présents à la foire se sont exprimés
Parmi les producteurs présents à la foire, Vianne Mpawenayo, venue de la colline Mwurire, en commune Muyinga, dans la province de Buhumuza, a vécu une expérience particulièrement encourageante. Elle y avait exposé plusieurs produits, notamment de la colocase, du petit pois et des bananes. A sa grande satisfaction, l’ensemble de ses produits avait été vendu avant même la visite des stands par les officiels, preuve, selon elle, de l’intérêt que les consommateurs portent aux productions locales.
Mais au-delà des ventes, Mme Mpawenayo retient surtout de cette rencontre la découverte de plusieurs variétés de semences locales qu’elle croyait disparues dans certaines régions du pays.
Les échanges avec d’autres producteurs lui ont également permis d’enrichir ses connaissances et de découvrir de nouvelles pratiques agroécologiques. Elle explique notamment avoir appris des techniques de fabrication de biopesticides, de biofertilisants et de fumure organique, autant de pratiques qu’elle considère comme essentielles pour une agriculture agroécologique. Forte de ces nouvelles connaissances, cette productrice entend désormais les partager avec les autres agriculteurs de sa localité. Pour elle, les enseignements reçus durant ces deux jours ne doivent pas rester une expérience personnelle, mais être transmis et mis en pratique au sein de sa communauté.
Quant à Béatrice Nicimpa, productrice de la colline Nyamurenge, en commune Nyabihanga, dans la province de Gitega, ces deux jours de foire ont été bien plus qu’une simple occasion de présenter et de vendre ses produits. Elle en ressort avec le sentiment d’avoir beaucoup appris au contact d’autres agriculteurs. « La foire a été bénéfique pour moi », résume-t-elle, visiblement satisfaite de cette expérience qui lui a permis de découvrir des pratiques qu’elle souhaite désormais expérimenter dans son propre champ. Parmi les enseignements qui l’ont particulièrement marquée figurent les techniques de fabrication de la fumure organique, des biofertilisants et des biopesticides. Des connaissances qu’elle ne compte pas laisser au stade de la théorie. Béatrice envisage déjà de les mettre en pratique dans ses activités agricoles afin d’améliorer sa production tout en adoptant des méthodes plus respectueuses de l’environnement.
La visite des stands de l’Institut des Sciences Agronomiques du Burundi (ISABU) lui a également réservé de belles découvertes. Elle y a rencontré des variétés de semences et de légumes qu’elle n’avait encore jamais vues, notamment des variétés d’amarante capables de mieux résister aux effets des changements climatiques. Cette découverte l’a particulièrement intéressée, car elle ouvre, selon elle, de nouvelles possibilités pour les producteurs confrontés aux aléas du climat.
Et la foire lui a aussi permis de mesurer directement l’intérêt du public pour les produits issus de son exploitation. Béatrice Nicimpa avait apporté des papayes et de la colocase. Tout a été vendu. Une satisfaction supplémentaire qui est venue couronner une expérience qu’elle considère avant tout comme une occasion d’apprendre, de découvrir et de repartir chez elle avec de nouvelles idées à mettre en pratique.
Pour Célestin Nduwarugira, producteur de la colline Munanira, en commune Kiganda, dans la province de Gitega, cette foire était une première. Il ne savait pas exactement à quoi s’attendre en venant à Gitega, mais il repart avec le sentiment d’avoir beaucoup gagné de cette expérience. « Je suis venu découvrir, et je repars avec un bagage suffisant pour mettre en pratique ce que j’ai appris », confie-t-il, satisfait.
Ce qui l’a particulièrement marqué, ce sont les nouvelles techniques agricoles qu’il a découvertes au contact d’autres producteurs et des différents exposants. Des méthodes qui permettent, selon lui, de mieux produire sans mettre en danger la santé des consommateurs. Cette découverte lui donne surtout envie d’expérimenter ces pratiques dans ses propres champs. Pour Célestin, il ne s’agit donc pas seulement d’avoir appris de nouvelles choses, mais de repartir avec des connaissances qu’il pourra réellement appliquer dans son quotidien de producteur.
La foire lui a également permis de rencontrer d’autres agriculteurs venus de différentes régions du pays. Les discussions et les échanges d’expériences lui ont ouvert de nouvelles perspectives et lui ont montré qu’il existe plusieurs manières d’améliorer les pratiques agricoles en s’inspirant des expériences des autres. A cette satisfaction s’ajoute celle d’avoir vu ses produits rencontrer leur public. Tout ce qu’il avait apporté pour exposer et vendre a trouvé preneur. Une expérience complète pour Célestin, qui aura ainsi découvert de nouvelles pratiques, partagé son savoir avec d’autres producteurs et, surtout, constaté directement l’intérêt des consommateurs pour les produits agricoles locaux.
Signalons que cette année, la foire agricole nationale et forum paysan étaient organisés sous le thème « Transformation de l’agriculture burundaise par le développement des chaînes de valeur, de l’agroécologie et la promotion des intrants agricoles locaux pour une souveraineté alimentaire durable ».