19/09/2026
📜 𝐔𝐧 𝐝𝐨𝐜𝐮𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐫𝐞𝐭𝐫𝐨𝐮𝐯é 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐮𝐧 𝐝𝐨𝐬𝐬𝐢𝐞𝐫 𝐥𝐢é à 𝐥'𝐀𝐫𝐦é𝐞 𝐒𝐞𝐜𝐫è𝐭𝐞
Parmi les archives de l’A.S. conservées à la Caserne Militaire d’Evere, un document isolé en fin de dossier consacré aux actions du secteur III de la Zone V de l'Armée Secrète opérant dans le Condroz, a attiré l’attention de Bernard Burton, un des bénévoles travaillant au CegeSoma sur le projet Resistance in Belgium (https://resistanceinbelgium.be). Ce document constitue un indéniable témoignage historique, malheureusement oublié, dont on ne trouve semble-t-il aucune trace ailleurs. Son auteur, Charles Lizen (1914–2000) était un militaire de carrière, auteur et poète d'expression wallonne originaire de la région de Huy. Il est notamment connu pour ses courts poèmes et textes destinés à la jeunesse ou au patrimoine dialectal, tels que Mi p'tit camarade (Mon petit camarade) et Mi p'tit tchin Zouzou (Mon petit chien Zouzou). En tant que locuteur natif, Charles Lizen a participé à d'importantes enquêtes dialectales enregistrées sur bandes magnétiques (notamment avec l'association Li Cwèrneû à Huy) afin de préserver l'accent, le vocabulaire et les récits en langue wallonne pour les générations futures.
René Wilkin, historien, et père de Bernard Wilkin docteur en histoire et chef de travaux aux Archives de l'Etat a eu la grande gentillesse de traduire ce poème du wallon de Liège vers le français.
« 𝐋𝐞 𝐬𝐢𝐱 𝐣𝐮𝐢𝐧 𝟏𝟗𝟒𝟒 »
(Le six juin 1944 - débarquement)
Vous vous souvenez, camarades, de l'alerte à la Résistance,
Le foin était déjà haut, le froment poussait comme un fou.
Il se passait quelque chose, il n'y avait aucun doute,
Le maquis se réveillait, on s'y mettait tous ensemble.
Depuis quatre ans déjà, on travaillait dans l'ombre,
Vous ne connaissiez personne, sauf ceux autour de vous ;
En août, quand dans le bois on rassembla tout le monde,
On comprit seulement que le pays vivait encore.
Dans la bande de maquisards, chacun avait sa mission,
Arriva le plan de bataille fourni par le secteur,
Devant tous les pelotons on forma des sections,
On sentait que le gros coup allait se donner maintenant.
L'A. S. avait des hommes de tous les régiments,
Il y avait des gradés, il y avait des soldats,
Par-ci, par-là, il y avait même quelquefois des petits gamins
Qui avaient quinze ou seize ans, et qui voulaient faire leur part.
Du pays des Français au pays des Allemands,
Chaque bois de notre Belgique était un arsenal.
Dans un costume de bure, les meilleurs des enfants
Allaient délivrer leur mère, et lui essuyer ses la***s.
Dans les bois du Condroz, il y avait des parachutages,
On préparait des a***s pour notre libération ;
Partout dans notre pays, il y avait un remue-ménage,
L'A. S. était en route pour l'ultime punition.
Il fallut encore trois mois depuis la grande journée
Que fut le débarquement qu'on n'avait jamais vu,
Trois longs mois qui firent souffrir notre chère petite patrie,
Pendant qu'à la Citadelle, on tuait tous les jours.
Pense-t-on assez maintenant à ceux qui sont tombés,
À leurs petits orphelins qu'ils laissaient à notre garde ?
S'aime-t-on encore comme dans les bois où on était des frères ?
En ce temps-là, sans mépris, on était camarades.
Charles Lizen